Le secteur de l’épicerie au Canada est entré dans une nouvelle phase, marquée par une plus grande discipline de consommation. Les prix des aliments continuent d’augmenter plus rapidement que ceux des produits non alimentaires, l’inflation alimentaire atteignant 4,7 %, comparativement à 2,1 % pour le non-alimentaire, tandis que les produits de grande consommation se maintiennent autour de 3,0 %.
Parallèlement, les préoccupations en matière de santé demeurent élevées. Soixante-seize pour cent des Canadiens s’inquiètent de leurs futurs problèmes de santé, alors que 59 % identifient le coût comme principal obstacle à l’adoption de choix plus sains, suivis par le manque de motivation (28 %) et le manque de temps (24 %).
C’est dans ce contexte que l’étiquetage nutritionnel en façade s’impose désormais pleinement.
Une visibilité accrue, et en forte progression
Depuis janvier 2026, les produits dépassant certains seuils en sucre, sodium ou gras saturés doivent afficher un avertissement normalisé sur l’emballage.
La sensibilisation des consommateurs a rapidement progressé. En quelques mois, 77 % des ménages reconnaissent maintenant ce symbole, soit une hausse de 24 points depuis décembre 2025.
Mais les consommateurs ne se contentent pas de remarquer ces étiquettes, ils y réagissent. Le sucre demeure la principale préoccupation pour 77 % d’entre eux, suivi du sodium (66 %) et des gras saturés (64 %). D’autres enjeux liés aux ingrédients s’ajoutent également, rendant les stratégies de reformulation plus complexes pour les fabricants.

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Des intentions qui laissent présager une perturbation
Dans la majorité des catégories, plus de la moitié des consommateurs indiquent qu’ils modifieraient leur comportement face à un avertissement en façade. Cela se traduit souvent par une réduction des achats, un transfert vers d’autres produits ou un abandon complet de certains items.
L’impact n’est toutefois pas uniforme. Les catégories jugées plus discrétionnaires, comme la boulangerie et les collations, sont les plus exposées, avec jusqu’à 54 % des acheteurs anticipant un impact négatif. À l’inverse, les produits essentiels comme les produits laitiers affichent une sensibilité moindre, à 39 %.
À première vue, le signal est clair. Mais les intentions ne racontent qu’une partie de l’histoire.
Entre déclarations et comportements réels
Les produits affichant un avertissement en façade représentent désormais plus du tiers des ventes de produits alimentaires et de boissons emballés, mais enregistrent des reculs plus marqués que leurs équivalents sans étiquette dans toutes les catégories.
La consommation totale des aliments et boissons demeure essentiellement stable (-0,1 %), tandis que les produits étiquetés FOP affichent des baisses plus importantes, variant entre -4,8 % et -5,6 % selon les périodes observées.
La performance varie selon les catégories. Certaines, comme les boissons froides et les collations, affichent des reculs marqués, tandis que d’autres montrent une plus grande résilience à court terme.
Dans le cas des barres collation, les baisses s’expliquent par des facteurs structurels : diminution du nombre d’acheteurs, réduction de la fréquence d’achat et baisse du nombre d’unités par transaction.
En parallèle, la prise de décision des consommateurs demeure équilibrée. Cinquante-neuf pour cent affirment que le goût et la santé ont une importance équivalente, alors que 24 % privilégient la santé et 16 % le goût.
Une nouvelle contrainte dans le parcours d’achat
L’étiquetage en façade ne constitue pas un facteur isolé. Il s’ajoute à un processus de décision déjà complexe.
Pour les fabricants, il renforce l’urgence des stratégies de reformulation, notamment en matière de réduction du sucre, tout en posant un risque réel pour le maintien du goût et de la confiance des consommateurs.
Pour les détaillants, il introduit un repère puissant, mais incomplet. Ces étiquettes orientent l’attention, mais peuvent aussi générer de l’hésitation si elles ne sont pas accompagnées d’une information claire et accessible.
Au final, la notion de valeur évolue. Les attributs santé sont désormais visibles, mesurables et directement liés à la performance en magasin.
La prochaine phase de transformation ira au-delà de l’étiquette elle-même. À mesure que les consommateurs cherchent à concrétiser leurs intentions, de nouvelles priorités en matière de santé commenceront à influencer la manière dont les produits du quotidien sont évalués.

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